La remise en cause de l'absolutisme et l'émergence d'idées nouvelles
Les révolutions anglaises du XVII° siècle et la mise en place d'une monarchie parlementaire
A l'époque où en France Louis XIV devient roi et inaugure à Versailles un asservissement de la noblesse dans le but de garder seul le pouvoir, se produisent en Angleterre deux révolutions de grande importance, mais qui resteront les seules dans l'histoire de ce pays. Pourquoi donc ces deux pays qui semblaient avoir connu tous les deux une histoire assez semblable, c'est-à-dire plus d'un millénaire de monarchie, ont-ils divergé au point de donner deux modèles politiques antagonistes ? La réponse remonte probablement au Moyen Âge, où en 1215 Jean Sans Terre, frère de Richard C½ur de Lion, est contraint de signer la Grande Charte qui instaure la formation d'un parlement, composé de deux chambres : la Chambre des Lords (qui accueille les grands seigneurs et les évêques nommés par le roi) et la Chambre des Communes (composée de députés du peuple élus).
Donc depuis 1215, en Angleterre, la balance du pouvoir, qui appartenait à l'origine majoritairement au roi, s'inverse peu à peu, jusqu'au XVIIe siècle où c'est alors le parlement, et plus particulièrement la Chambre des Communes qui possède la majorité du pouvoir. Le schéma en France est totalement différent. Pendant tout le Moyen Âge, le roi de France est l'un des principaux détenteurs du pouvoir réel, mais en réalité son pouvoir effectif est assez limité : d'abord à cause des moyens de communication de l'époque qui ne permettaient pas une gestion très efficace, ensuite à cause de l'organisation même des régions (les régions militaires et les régions administratives ne coïncidaient pas, les codes de lois étaient différents selon les régions...), puis à cause du pouvoir que chaque seigneur possédait sur ses terres (droit de police, droit de justice, droit d'émettre sa propre monnaie...) et enfin à cause du pouvoir des villes qui avaient obtenu des chartes leur permettant de s'organiser elles-mêmes. Le pouvoir du roi de France, très affaibli pendant la Guerre de Cent Ans, va progressivement se raffermir jusqu'à connaître son apothéose sous Louis XIV.
La mise en place progressive de la monarchie absolue de droit divin ne s'est pas faite du jour au lendemain, bien sûr ; elle a été préparée minutieusement par les règnes précédents, et en particulier celui d'Henri IV et celui de Louis XIII aidé du cardinal Richelieu. Louis XIV, lui, a su finaliser le processus entamé. Mais pourquoi, et surtout, comment ? D'abord il faut savoir ce qu'est une monarchie absolue de droit divin : comme son nom l'indique c'est une monarchie, il y a donc un roi à la tête de l'État, et cette monarchie est absolue ce qui signifie que c'est le roi qui a tous les pouvoirs, et enfin, le "droit divin", c'est la légitimité que se donne le roi : pourquoi donc a-t-il le droit de régner ainsi sans partage sur tout un peuple ? Parce que c'est Dieu qui l'a choisi, il est le lieutenant de Dieu sur terre : il n'a donc de compte à rendre à personne, sauf à Dieu, ce qui signifie qu'en principe, il n'a pas le droit de faire n'importe quoi.
Cette volonté qu'avait Louis XIV d'atteindre un pouvoir absolu lui vient probablement de la Fronde, révolte des grands nobles, lorsque lui-même n'avait que dix ans. Car, en effet, les plus pénalisés par la monarchie absolue, c'étaient bien les nobles : il n'y avait jamais eu d'élections, ni de suffrage universel et il n'était pas prêt d'y en avoir, donc ce n'étaient pas les paysans, le peuple, à qui on limitait le pouvoir, mais bel et bien les nobles qui ne rêvaient que d'une chose : partager le pouvoir du roi. Et c'est d'ailleurs ce qu'ils tenteront à nouveau lors de la Révolution de 1789, initialisant ainsi un processus qu'ils ne pouvaient pas contrôler et qui les conduit à leur perte : ils ne se rendaient pas compte qu'ils étaient en train de scier la branche sur laquelle ils étaient assis. La Fronde donc, qui ne fut contenue que par la grande habileté de Mazarin, laissa une trace indélébile chez Louis XIV qui n'eut plus alors qu'une seule idée en tête : contrôler les nobles et les empêcher de se rebeller à nouveau. À la mort de Mazarin en 1661, il décida donc de gouverner seul, sans premier ministre ; il choisit ensuite tous ses ministres parmi la bourgeoisie, comme par exemple Colbert, refusant ainsi toutes les hautes fonctions à la noblesse. Ensuite, il décida de s'éloigner de Paris, ayant bien compris que les révoltes se créaient à Paris (et c'est exactement ce qui se passa lors de la Révolution, toutes les émeutes, tous les renversements de pouvoir se firent à Paris, sans même que la majorité des Français qui vivaient en province aient leur mot à dire), et il se fit donc créer un château magnifique à Versailles, qui fut ensuite envié et imité dans le monde entier. Mais surtout, afin de maintenir son pouvoir, il décida de réduire toute la noblesse en esclavage : les nobles étaient conviés à séjourner à la Cour de Louis XIV et recevaient des fonctions honorifiques comme par exemple servir le vin du roi, ou assister au lever de la reine. Le but était alors de se faire remarquer le plus possible du roi afin de recevoir des pensions, c'est-à-dire l'argent qui leur permettait de vivre. Mais pour se faire remarquer du roi, il fallait dépenser des sommes d'argent considérables afin d'acheter toilettes, bijoux, parures, qu'il fallait bien sûr changer plusieurs fois par jour. C'était donc un cercle vicieux puisque les nobles devaient dépenser énormément pour espérer gagner de l'argent et être présent en permanence autour du roi pour se faire remarquer : ainsi ils ne pensaient plus à fomenter des complots pour déstabiliser le roi. Cela fonctionnait d'autant plus que les nobles n'avaient pas le droit de travailler, sous peine de déroger, c'est-à-dire de perdre leur noblesse : ceux qui choisissaient de rester en province n'avaient donc pour seuls revenus que les produits de leurs terres.
Cela se passa bien différemment en Angleterre, lorsque les rois Jacques Ier puis Charles Ier, ne supportant plus la tutelle du parlement décidèrent eux aussi de renforcer leur pouvoir en une monarchie absolue en révoquant le parlement. Il s'en suit alors une guerre civile de 1642 à 1649 où s'opposèrent partisans du roi et partisans du parlement, qui finirent par l'emporter grâce à la supériorité de leur armée dirigée par Cromwell. Le roi Charles Ier est décapité. Cromwell proclame donc la république, qui est en fait une dictature personnelle. Et donc à sa mort la monarchie est rétablie (ce qui n'est pas tellement étonnant puisque cela faisait plus d'une dizaine de siècles qu'il y avait une monarchie en Angleterre, on peut donc supposer qu'il était difficile de se débarrasser d'une telle habitude ; et c'est d'ailleurs la même chose qui se reproduira en France lors de la Restauration, en 1814, 1815 et 1830, où parmi les errances politiques, on tentera à trois reprises de réintroduire la monarchie, pour à chaque fois être confronté à une opposition de plus en plus violente). Mais en Angleterre, contrairement à la France, la monarchie a tenu. Pourquoi ? Probablement parce que le peuple habitué à gouverner par le biais du parlement depuis quatre cents ans déjà, n'a pas eu d'hésitation sur la marche à suivre, et ne s'est pas égaré dans la recherche de systèmes politiques novateurs et radicalement différents, ils ont au contraire évolué de façon très progressive au cours des siècles, pour arriver finalement à une démocratie à l'aube du XXe siècle. La transition s'est toujours faite en douceur, en restant sur un terrain connu. En 1660, la monarchie est donc rétablie en Angleterre avec l'arrivée sur le trône de Charles II. Le parlement toutefois assure son contrôle sur le roi par un texte de loi qui garantit les libertés individuelles et interdit les arrestations arbitraires : l'Habeas Corpus. C'est donc le premier pas en Europe vers la reconnaissance des individus et des libertés, un premier pas vers l'État de droit et la Démocratie. Cependant, Jacques II, devenu roi après son frère Charles II, est tenté à son tour d'établir une monarchie absolue. Le parlement, qui ne souhaite pas une nouvelle guerre civile, prend les devants, et choisit de remplacer Jacques II par sa fille Marie et son époux Guillaume d'Orange, d'origine hollandaise. C'est ce qu'on appelle la Glorieuse Révolution, en 1689. Guillaume d'Orange est proclamé roi après avoir signé la Déclaration des Droits (ou Bill of Rights) qui met en place les droits du parlement et limite le pouvoir du roi. Jacques II, quant à lui, se réfugie à Versailles, à la cour de Louis XIV, qu'il avait tenté en vain d'imiter.
Plus d'un siècle avant la Révolution française, il y eut en Angleterre deux révolutions qui conduisirent à la rédaction de deux textes fondamentaux: l'Habeas Corpus et la Déclaration des Droits, base du système politique anglais. Ces révolutions anglaises permirent d'assurer le maintien de la monarchie en Angleterre, mais d'une monarchie qui respecte le droit des individus, les libertés fondamentales, où le pouvoir du roi est limité : une monarchie parlementaire. L'Angleterre devint donc dès la fin du XVIIe siècle un modèle de régime parlementaire qui donnera la preuve que monarchie et respect des droits de l'Homme sont conciliables. Pourquoi parler des révolutions anglaises dans un article sur la révolution française ? D'abord parce que la monarchie parlementaire anglaise est le modèle dont vont s'inspirer les Français en 1789 pour réformer le système politique en France. Ensuite parce que c'est un modèle unique à cette époque et qu'il marque le premier bouleversement qui va conduire à la pensée moderne de Démocratie et d'État de droit, qui mettra pourtant plusieurs siècles avant de s'imposer dans les pays occidentaux. Et enfin parce que, plus directement, elle va influencer et inspirer les philosophes des Lumières et la révolution américaine.
Les philosophes et le siècle des Lumières
Au XVIII° siècle apparaît un nouveau courant philosophique, littéraire et scientifique: les Lumières. Cette philosophie repose avant tout sur la certitude que le progrès est toujours possible et que la rationnalité et la rigueur sont à l'origine du progrès. Les Lumières sont donc marquées par un rationnalisme philosophique et une exaltation des sciences. Les philosophes et scientifiques des Lumières vont donc chercher à "éclairer" leurs contemporains comme le montre le texte de Kant "Qu'est-ce que les Lumières?". C'est donc ce qui va pousser les philosophes à remetttre en cause les piliers de l'Ancien Régime à la fois dans les domaines politiques, sociaux, économiques et religieux. Mais il serait idiot de penser que tous les philosophes défendaient les mêmes idées. En réalité, il y avait presque autant d'opinions que de philosophes.
L'Ancien Régime est un système figé qui reposait sur quatre piliers qui lui permettait d'assoir sa légitimité: au niveau politique, une monarchie absolue de droit divin qui durait depuis plus d'un millénaire, encore que les formes de la monarchie ont beaucoup varié au cours des siècles. Au Moyen Age, avec les moyens de communications peu développés de l'époque, quand il fallait plusieurs semaines pour traverser la France, le roi ne gouvernait réellement que le domaine du roi, et chaque noble avait les pouvoirs absolus sur son fief: police, justice, impôts étaient entre les mains du seigneur local. Au fil des siècles, le roi étend ainsi son pouvoir sur l'ensemble du territoire en "récupérant" par des alliances, les fiefs aux frontières. Puis avec Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, s'installe peu à peu un pouvoir absolu de la part du roi. Ce pouvoir est justifié par le droit divin, c'est à dire que le roi est le représentant de Dieu sur terre, il ne tient donc son pouvoir que de lui et n'a de compte à rendre qu'à lui. Le roi se doit, en théorie, de faire le bonheur de ses sujets, mais si beaucoup de rois s'y attachait effectivement, on ne peut s'empêcher de penser que la torture était encore employée dans un cardre juridique, comme nous le rappelle l'affaire du chevalier de la Barre, défendu par Voltaire, et ne sera supprimée par Louis XVI que peu de temps avant la Révolution. Les philosophes remmettent en cause ce système archaïque dépassé depuis longtemps et qui commence peu à peu à se désagréger sous le règne de Louis XV puis de Louis XVI, l'un à cause de sa mauvaise gestion de l'Etat, l'autre à cause de la désacralisation de la personne royale qui contriibue à ternir la monarchie. Si Voltaire propose une monarchie parlementaire proche de celle d'Angleterre, Montesquieu, dans De l'esprit des lois pose la séparations des pouvoirs: législatif, exécutif et judiciaire. Rousseau, lui, va plus loin et propose une démocratie où tous les citoyens sont égaux et liés par un "contrat social", la souveraineté ne viendrait plus de Dieu, mais du peuple.
Au niveau religieux, la monarchie absolue repose sur la religion catholique, de façon logique, puisque le roi tient son pouvoir de Dieu. C'est pour cela que Louis XIV décide de révoquer l'édit de Nantes qui garantit la liberté de culte pour les protestants, mais il n'en mesure pas les conséquences économiques et sociales. Les philosophes, menés par Voltiare, sont d'accord pour revandiquer la liberté religieuse, mais leurs opinions sur la religion divergent: certains sont athées, d'autres déistes comme Voltaire, spiritualistes ou matérialistes...
Ces derniers font partie des philosophes les plus influents de l'époque dite des Lumières. Par leurs ouvrages, qui ne sont toutefois consultés que par une petite minorité de privilégiés dans les cercles politisés, ils cherchent à faire passer leurs idées, qui sont en totale opposition avec la monarchie absolue en vigueur. Ils souhaitent la séparation des pouvoirs, pour plus de liberté et plus d'égalité.
Début de la Révolution française
Tout a commencé lors des États Généraux en mai 1789. La déficit du budget de la monarchie est de plus en plus important à cause essentiellement du remboursement de la dette et le peuple est lourdement taxé. Le roi veut créer une nouvelle taxe mais les ordres privilégiés refusant d'être imposé, elle reposerait uniquement sur le peuple qui vit déjà difficilement[1]. C'est là que surviennent les États Généraux, des représentants du clergé, du Tiers-État, et de la noblesse sont réunis devant le roi. Mais le roi ignore complètement les revendications des sujets. C'est à cause de cela qu'ils se révoltent. Ils veulent se révolter, le peuple est furieux, c'est alors qu'ils vont prendre la Bastille le 14 juillet 1789. Car ils ont besoin de poudre à fusil pour charger leurs armes. De plus la Bastille était un des symboles de la monarchie. Par la suite leur révolte à mené à quelque chose, la dîme a été abolie. Puis le 26 août 1789 la déclaration des droits de l'homme et du citoyen est mise en vigueur.
Des causes multiples : la France en crise
Crise sociale
Une des causes serait l'inadéquation du pouvoir politique à la réalité économique : alors que la bourgeoisie détient une part croissante de la richesse et des moyens de production, le pouvoir continue d'être exercé par une minorité d'aristocrates. Il est en tout cas certain que, ayant un niveau de vie se rapprochant de celui de la noblesse, la bourgeoisie se sentait de plus en plus fondée à réclamer une part des responsabilités politiques, de façon moins occasionnelle que par l'ascension d'un Jean-Baptiste Colbert au sommet de l'État.
Il est vrai que, malgré les transformations économiques liées notamment à l'essor du commerce et de l'industrie, l'organisation de la société française reste figée : les trois ordres Noblesse,Clergé,Tiers Etat reproduisent à peu de choses près la situation de l'an Mil (le seigneur, le prêtre, le paysan). Cette situation anachronique est de moins en moins acceptée, et une pièce comme le Mariage de Figaro (1784) traduit bien l'exaspération qui gagne à la fois la bourgeoisie, le peuple et même la petite noblesse.
Mais les inégalités sociales ne sont pas uniquement liées à la division de la société française de l'époque en trois ordres, mais proviennent également du fait des énormes différences de niveau de vie à l'intérieur même de ces ordres. En effet, quoi de plus différent d'une famille de la haute bourgeoisie qui a fait fortune dans le commerce avec les colonies qu'un paysan qui parvient à peine à produire de quoi nourrir sa famille toute l'année? Et quoi de plus différent d'un évêque, issu de la noblesse, vivant comme un prince, dépensant son argent sans compter, qu'un curé de campagne, entré dans les ordres par vocation, et qui ne reçoit de la dîme que la portion congrue?
Crise économique et financière
Cette exaspération est aggravée par une profonde crise économique et financière : l'État est criblé de dettes en raison de son train de vie et de son soutien à l'Indépendance américaine (en 1788, plus de 80 % des recettes de l'État sont absorbées par le service de la dette), mais il maintient un niveau élevé d'impôts et de taxes sur une population du Tiers qui doit supporter la quasi-totalité de la ponction financière. Les nombreux cahiers de doléances venus des provinces sont pratiquement unanimes à dénoncer la lourdeur et la structure de la répartition de l'impôt. Les classes les plus aisées (noblesse et haut-clergé) sont en effet exemptées d'impôts et défendent ce privilège séculaire, voire accentuent le prélèvement des droits seigneuriaux en une prérévolution aristocratique. Plusieurs tentatives de réformes financières successives vont échouer (celles des ministres des finances Turgot, puis Necker, Charles Alexandre de Calonne et Loménie de Brienne).
Crise institutionnelle
Le blocage est aussi un blocage institutionnel. Le roi gouverne seul, ses divers conseillers n'ont pas de pouvoir décisionnel et sont de simples techniciens. Le pouvoir est tiraillé entre deux logiques : la centralisation monarchique, et l'octroi de libertés provinciales matérialisées par les Parlements. Enfin, Louis XVI n'a pas été formé à la pratique gouvernementale car il ne devait pas régner : sa volonté de réformes se heurte aux traditions, aux pressions des privilégiés et à l'influence du parti de la Reine. On a évoqué aussi la personnalité du roi, homme influençable et velléitaire.
Crise morale
On ajoutera l'importance de la Philosophie des Lumières par la dénonciation du pouvoir absolu de droit divin et de l'arbitraire royal, mais aussi l'exemple récent des révolutions anglaises en 1640 et 1680, la Constitution des États-Unis de 1787, le tout formant une sorte de mélange détonnant qui n'attendait qu'une étincelle pour exploser.